Guy Clément

Articles de presse

Arlon dans les années 60

Guy Clément publie « La Césure arlonaise ». Le héros du premier roman de l’auteur y fait son retour dans l’Arlon des années soixante. Que de souvenirs !

Jean est de retour. La Césure arlonaise, second roman de l’Arlonais Guy Clément, le surprend alors que son train quitte Bruxelles. Jean, c’est un peu le double romanesque de l’auteur, ce jeune, comme qui, au cœur des années 60, a accepté un mission de coopération en tant qu’enseignant au Bas-Congo. Cette expérience, Guy Clément l’a démarrée dans Les Palmiers agenouillés, publié il y a moins de deux ans.

S’il se défend du parti autobiographique, Guy Clément avoue bien avoir puisé dans la manne de ses souvenirs pour camper le héros, ses proches et surtout le décor de cette seconde partie, qui n’est autre que celui de sa ville. C’est Arlon, un Arlon « sixties » dans lequel Jean déambule, entre Saint-Donat, les Caves où l’on danse et les Faubourgs.

Cette Arlon-là, ville bourgeoise de province, est empreinte d’une certaine nostalgie. C’est toute la société de l’époque qui resurgit, quand ceux de la ville regardaient encore ceux de la campagne avec condescendance, quand les fils de notables toisaient les fils de paysans.

Surtout la Césure arlonaise se veut « un pacte entre soi-même et ses rêves « , lorsque la réflexion l’emporte sur le récit, ces petits faits quotidiens qu’a choisit de vivre le héros, entre deux voyages, ligne de démarcation entre le séjour africain et les racines arlonaises. « La césure est une trêve, une tentative d’oubli et un prétexte à conquêtes fugaces pour mépriser le temps » note Guy Clément.

Faut-il préciser que les pas de Jean le conduiront en ces lieux de rencontre que sont les nuits de fête ? L’auteur sous-titre d’ailleurs très clairement La Césure arlonaise : « ou les amours adolescentes des années soixante« . C’est une vie amoureuse qui s’ébauche, ce sont aussi des doutes qui s’immiscent quant à la pérennité des sentiments.

Fiction et réalité

Le livre oscille constamment entre l’éphémère et l’éternité, entre ce qui fut et ce qui est. C’est un passé revécu, une réflexion sur le temps qui passe dans laquelle les contemporains de l’auteur, ceux qui, comme lui, ont arpenté Arlon de sa grand-rue à son faubourg, se reconnaîtront sans doute.

Guy Clément a beau écrire, comme s’il s’agissait d’une précaution que « tout lien avec la réalité serait purement fortuit », il reconnaît sans difficulté que l’itinéraire de Jean ressemble au sien — mis à part l’épilogue du récit, cela va de soi. À ce titre, la citation d’André Malraux qui conclut La Césure Arlonaise est le plus bel aveu de l’auteur quand à sa démarche : « Le monde s’est mis un jour à ressembler à mes livres. »

C’est dire s’il est difficile, ici comme ailleurs, de déterminer où commence la réalité et où s’arrête la fiction. Ou inversément.

Article paru dans L'Avenir du Luxembourg
par Philippe COLLING
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