Guy Clément

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Les palmiers agenouillés

Les palmiers agenouillés
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Sous les palmiers, agenouillé (Interview) Une 3ème mi-temps culturelle

Sous les palmiers, agenouillé

Avec son premier roman « Les palmiers agenouillés », Guy Clément nous entraîne dans le Congo des années 60, entre roman et autobiographie.

Guy Clément, vous publiez « les palmiers agenouillés », votre premier roman. Comment êtes-vous arrivés à l’écriture ?

C’est une envie qui me tenaillait depuis longtemps, mais le boulot et mes activités sportives ou d’organisateur ont retardé le moment de m’y atteler. Ce projet, je le portais en moi depuis des années. J’avais même jeté des ébauches, des scènes sur le papier, il y a plusieurs années.

Je suis retraité depuis l’an dernier. J’avais parlé de mon projet à des amis, leur avais lancé : « Je vais écrire un livre !  » Ils m’ont rétorqué : « Alors, ce livre, Guy, tu vas l’écrire ?  » Je m’y suis mis, et voilà.

Comment se sont imposés le décor et le thème de ce livre ?

Au début des années 60, une place d’enseignant m’a été proposée au Congo, alors en plein décolonisation. Rien ne me retenait en Belgique. J’ai tenté ma chance. C’est cette toile de fond que j’ai choisie pour Les palmiers agenouillés dont l’intrigue se déroule dans le Mayombe, dans le Bas-Congo

Vous avouez que le livre est en partie autobiographique. Le personnage de Jean, c’est un peu ou beaucoup vous ? Où s’arrête la vérité et ou commence la fiction ?

Dès les premières lignes, la décision du héros, Jean, à l’arrivée et à la vie quotidienne sur place, c’est mon expérience. L’élément romanesque, c’est le meurtre et l’intrigue qui gravite autour de cet événement.

Les décors locaux, l’atmosphère africaine correspondent à ce que j’ai découvert là-bas à l’époque. Nous étions de jeunes enseignants, des coopérants logés dans une mission, dans la brousse. À cet endroit, assez reculé, il y a beaucoup de palmiers. C’est même l’élément majeur du décor, et c’est donc aussi le titre du livre. Je me souviens parfaitement du climat, pesant et humide, que j’essaie de rendre dans le bouquin.

Attention : la brousse n’empêchait pas un certain confort. Les maisons étaient en « dur », mais nous ne bénéficiions pas de l’air climatisé. Nous disposions aussi, pour l’eau, de la double filtration, indispensable dans cette région.

J’évoque aussi les frigos et les lampes à pétrole, les lampes « Aladin » : après 22h, l’électricité était coupée.

Fiction et vérité historique

Vous avez donc été coopérant technique au Congo de 1964 à 1967. Quel était le climat politique, là-bas, à l’époque ?

Nous étions en pleine sécession du Katanga. Les temps étaient assez chaotiques. Cela dit, ils l’ont toujours été, depuis. Soyons clairs : Je ne me sous jamais senti en danger. Il y avait bien des barrages sur les routes, un peu partout. il fallait donc marchander à coups de paquets de cigarettes. Là-bas, c’est le jeu, mais tout finit toujours par s’arranger.

Dans votre livre, le personnage de Georges est assassiné. Cette situation, l’avez-vous vécue de près ou de loin ?

Non, pas du tout. Je serais incapable de narrer une « réalité » historique, d’adapter des faits dans le style « journalistique ». Je privilégie donc la dimension tragique, romanesque, l’immersion de la fiction dans le récit historique. C’est sur ce point que le vécu s’avère indispensable.

Vous vous montrez critique vis-à-vis de la politique, tant locale qu’internationale. Ce livre était-il aussi une façon de régler des comptes avec des effets pervers de la colonisation, puis de la décolonisation ?

Pas vraiment. Je suis romancier, pas historien, mais il faut bien reconnaître que, malgré la décolonisation, les Belges rêvaient de conserver un mainmise sur leur ancienne colonie. D’ailleurs, qui a mis en place les premiers dirigeants ? C’est le propre des sociétés sous-développées : le pouvoir est détenu par quelques dirigeants souvent manipulés, et d’autre part, il y a la masse, pauvre et exploitée. Entre les deux, c’est le vide.

Sur le plan de l’enseignement, je me pose aussi des questions quant aux méthodes et aux sujets, qui n’étaient pas adaptés. Cela dit, tout n’était pas mauvais. Il y a eu de bonnes choses.

Vous gardez des images étonnamment précises de votre séjour. Le Congo vous a-t-il marqué à ce point ? Y a-t-il, chez vous, un « avant » et un « après » Congo ?

Si on veut. Je suis retourné au Congo par la suite. Je travaillais pour une société. Ce sera d’ailleurs le thème de mon prochain livre, qui s’intitulera La Césure. Cette césure, justement, c’est celle qui coupe, qui différencie deux pays, deux cultures, deux façons de vivre.

Les hasards de la vie, le donne économique, m’ont ramené en Belgique, et au Grand-Duché où j’ai travaillé dans une banque. C’est ainsi.

Non, je n’entretiens aucune nostalgie du Congo d’alors.

« Le Temps récréé »

Que représente pour vous, ces « palmiers agenouillés » ?

Le palmier, je l’ai dit, est un élément commun du décor africain.
Agenouillés ? Nous le sommes tous devant la vie. La littérature traite des destins collectifs, mais surtout des destins individuels. Elle comporte toujours une part d’existentialisme.

En fin de volume, vous publiez des poèmes, « le Temps recréé ». Pourquoi les placer là ?

J’aime beaucoup la poésie, bien qu’elle me paraisse plus hermétisme d’accès. J’avais écrit ces poèmes que j’ai choisi de publier en fin d’ouvrage. Le temps recréé traite de l’oubli et du souvenir intimement liés. Ce sont là les clés de l’existence. Le souvenir naît de l’oubli et c’est ainsi que se « recrée » une vie.
C’est aussi le constat du temps qui passe.

Nourrissez-vous d’autres projets dans l’immédiat ?

Je m’attellerai prochainement à la Césure, toujours en terre africaine. Quant au troisième roman, je sais déjà qu’il aura pour cadre… Luxembourg.

Propos recueillis par Philippe COLLING
pour L'Avenir du Luxembourg, D'Arlon en Large, 21/04/2001
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